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Les aphorismes en français dans Étincelles de Mary Karadja

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posted on 27.09.2022, 10:13 authored by Christophe PrematChristophe Premat

This is a presentation of the aphorisms that Mary Karadja (1868-1943) wrote in French. The presentation was proposed at the colloquium on Swedish women writers using French language held on 27 and 28 January 2022 in Vitterhetsakademien.


The abstract of the presentation is here in French.


Marie-Louise Karadja est connue pour son œuvre théâtrale et ses poésies, mais aussi pour son penchant envers les activités spiritistes et occultes (Benedictsson 1982 : 401). Sa biographie a suscité plus de curiosité que son œuvre à proprement parler, elle reflète en effet un niveau de vie privilégié avec des relations dans les hautes sphères politiques et diplomatiques de la société suédoise. Dans la Revue des Études Psychiques, un article de 1902 (n°V) identifie la princesse Karadja à « Un médium aristocratique » en louant ses talents artistiques pour le dessin. Elle s’est mariée en 1887 à un prince phanariote actif auprès de la Cour royale suédoise, Jean Karadja Pascha, et a effectué une partie de ses études à Genève entre 1877 et 1884. Marie-Louise (Mary) Karadja maîtrise plusieurs langues et a fait le choix de publier en 1892 un recueil d’aphorismes en français, Étincelles.

L’objectif de cette étude est de comprendre les motivations de ce choix d’écriture en ayant recours à une analyse de la genèse de cette œuvre, à l’étude du texte en lui-même et à sa réception à la fin du 19e siècle. La première hypothèse vient du fait que ce translinguisme occasionnel semble lié à la mode des pratiques occultes dans les milieux élitistes suédois. Comme l’écrivait Anna Branting, « man läste lärda verk på franska om hypnotismen och följde med allt vad som skrevs i tidningarna om den franska specialisten Charcot » (Branting 1945 : 81). Si nous suivons cette hypothèse, la princesse Karadja s’inspirerait des écrits en français et d’une tradition romantique française portant sur le spiritisme. Cette hypothèse semblerait alors condamner définitivement le supposé talent littéraire de Mary Karadja alors que plusieurs écrivains font les louanges de son œuvre. En effet, la princesse Mary Karadja est citée plusieurs fois dans la correspondance d’August Strindberg (lettre du 25 avril 1900 à l’éditeur Gernandt) qui la place en compagnie du poète et dramaturge François Coppée, d’Emil Kléen, d’Huysmans et de Gustaf Fröding. August Strindberg a même écrit une lettre à Mary Karadja datant du 14 janvier 1910 en réponse à une question portant sur la pièce Lycko-Pers resa que Mary Karadja lui avait adressée le 10 janvier 1910 (Correspondance Strindberg, 1910 : 357-358). En outre, Hjalmar Söderberg a confirmé le fait que la princesse Karadja fût prisée des salons littéraires stockholmois (Söderberg 1921 : 159). En 1899, Söderberg la présentait même comme l’écrivaine la plus célèbre de l’époque (Söderberg 1921 : 315). Cette seconde hypothèse réhabiliterait l’œuvre littéraire de la princesse Karadja qui avait comme ambition de s’inscrire dans une tradition littéraire française. Étincelles apparaîtrait comme une œuvre de jeunesse où la princesse a fait ses preuves en ayant recours à une autre langue d’écriture après avoir observé la vie diplomatique et politique de son pays[1]. Dans cette optique, nous pourrions relativiser le penchant mystique et spiritiste de la princesse Karadja pour davantage explorer une vision sociale condensée dans ces aphorismes. La troisième hypothèse serait plutôt mixte avec le choix du français pour poser les fondements de son œuvre littéraire et spiritiste. August Strindberg la présentait comme une « théosophe » et Étincelles pourrait être perçue comme l’introduction à son œuvre mystique et littéraire avec une première tentative d’écriture automatique. Nous souhaiterions analyser comment Mary Karadja s’est inspirée des études menées dans le domaine psychique en France pour ancrer une conception de l’écriture comme découverte du surnaturel. Il semblerait qu’elle s’appuie sur un usage des symboles et des références à la lumière pour présenter un imaginaire théosophique fondé sur les correspondances spirituelles. 

Références :

Benedictsson, V. (1982). Stora Boken II. Dagbok 1884-1886. Utgiven och kommenterad av Christina Sjöblad. Lund : Liber Förlag.

Branting, A. (1945). Min långa resa. Boken om Hjalmar och mig. Stockholm : Medéns förlags aktiebolag.

Karadja, M. (1892). Étincelles. Paris : A. Lemerre.

Karadja, M. (1899). Lykkens kaeledaegge begik sjelvmord. N° 252 i serien « himmerland-hus smaahaefter ». Oversatt fra svensk af Georg Larsen. Forlaget Himmerland-hus, 4-51.

Revue des études psychiques, mai 1902, V, 2e série, 2e année.

Söderberg, H. (1921). Vers och varia. Stockholm : Albert Bonniers förlag.

Strindberg, A., Strindbergssällskapet & Björn Meidal (red.). (1993). August Strindbergs brev. 18. Maj 1909-maj 1910. Utgivna av Björn Meidal. Stockholm : Albert Bonniers förlag.

    

[1] Un des livres de la Princesse Karadja, Hoppets evangelium, a été traduit en français sous le titre de L’évangile de l’espoir en 1901.

History

Original language

French

Associated Publication

Premat, C. (2022). Étincelles ou les aphorismes français de Mary Karadja. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue nordique des études francophones, 5(1), pp. 91–108. DOI: https://doi.org/10.16993/rnef.69

Affiliation (institution of first SU-affiliated author)

165 Romanska och klassiska institutionen | Department of Romance Studies and Classics

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